Ce matin, quand je me suis levée, j'ai tout de suite compris. Quand on part, qu'on quitte quelqu'un – on quitte forcément quelqu'un, un jour – on ne le fait pas souvent par envie. Moi qui ai été si bête tout ce temps, plus d'un an c'est écoulé, et c'est seulement aujourd'hui que j'ai envie de le revoir. Et j'ai rétabli le schéma qu'il avait quitté, celui qu'il avait en horreur. Qu'il ne portait pas dans son coeur. Finalement, peut-être qu'il est parti avec envie, pour ne pas me voir devenir le double même de sa mère.

      « Quand j'ai appris que ma mère ne m'aimait pas, je me suis dit que je devais partir. Le jour de mes 15 ans, quand ma mère est passée devant sans me voir, j'ai compris que je devais m'en aller. Le contraire de l'amour, Sara .. ce n'est pas la haine, c'est l'indifférence. Désolé. »

      Ce mot, il me l'avait écrit pour moi. Et moi, j'avais crus qu'il se foutait de moi, que tout ce qu'il disait, qu'il écrivait n'avait plus d'importance, je ne l'aimais plus. Je ne l'avais jamais aimé. Et aujourd'hui, alors que j'ai coupé tout lien avec lui, que la différence d'âge se fait importante, je veux le revoir. J'en ai tellement envie, mais je sais que c'est impossible. Parce que, quelque part, il est mort. Dans mon coeur, il existera toujours, et c'est bien ça le malheur. S'il existe dans mon coeur, il n'existe pas ailleurs. J'aurais du m'en rendre compte. Je le repoussais, pour ne pas le laisser voir à quel point il comptait. On était des amis, il ne l'a pas compris. Ou peut-être voulait-il plus. Ou peut-être voulais-je plus. Quand on aime, l'histoire se finit. Quand on n'aime pas, on a une chance de se revoir après des années, sans s'être oubliés. Je suis perdue, et c'est seulement maintenant que je m'en rend compte.

      Je suis un monstre. Un monstre d'inhumanité. Un monstre que personne ne devrait aimer. Pas même lui.

      Il a bientôt 17 ans. J'en ai bientôt 14. Je sais qu'il ne peut plus rien se passer. Et les souvenirs que j'ai de lui commencent à s'estomper. J'aimerai le revoir, reformuler nos voeux d'amitié, pour qu'ils deviennent des voeux d'amours. Ça ne durera pas longtemps, mais au moins, je pourrais dire, en montrant une photo de lui : « Je l'ai aimé. Et lui aussi ».